| Historique : |
" Oui, nous sommes décidés pour Eragny-sur-Epte ; la maison est superbe et pas chère : mille francs, avec jardin et prés. C'est à deux heures de Paris, j'ai trouvé le pays autrement beau que Compiègne ; cependant il pleuvait encore ce jour-là à verse, mais voilà le printemps qui commence, les prairies sont vertes, les silhouettes fines, mais Gisors est superbe, nous n'avions rien vu . " Me voilà à peu près déménagé, tant soit peu emménagé ; je n'ai pu me retenir de la tentation de peindre, tellement les motifs, tout autour de mon jardin, sont beaux. " écrit-il à Durand-Ruel.(2) En 1888 une infection chronique aux yeux l'oblige à peindre de plus en plus en intérieur, derrière la fenêtre de son atelier, spécialement construit au milieu de son jardin à Eragny. Pissarro va peindre de très nombreuses oeuvres en série puisant différents motifs autour de lui variant son angle de vision depuis la fenêtre de son atelier. C'est la transformation de la nature au fil des saisons, les changements de couleurs et de lumière qui vont retenir toute son attention et faire de chaque tableau une oeuvre unique à la poésie toute bucolique. Pissarro confirme son intérêt pour les variations lumineuses et climatiques dans une lettre qu'il envoie à son fils Lucien en 1891 : " Il a fait un bien beau temps ces jours-ci -froid sec, gelée blanche et soleil radieux- aussi j'ai commencé une série d'études de ma fenêtre, toile de huit, quinze et trente. C'est extraordinaire comme on est sûr de son exécution, et c'est autrement plus facile éclatante lumière frappe le paysage. Ses toiles deviennent de véritables odes aux travaux des champs et à la condition paysanne; la figure humaine monumentale occupe le premier plan. Il compose ses oeuvres en atelier après de nombreuses études préparatoires pour aboutir à des paysages rigoureusement structurés, au fort statisme et à la luminosité intense. Pendant toute sa période impressionniste alors qu'il travaillait à Pontoise, Pissarro n'a que rarement tenté de fixer le temps, de capter l'instantané du moment dans des paysages au soleil levant ou couchant. Le néo-impressionnisme de Pissarro va introduire paradoxalement le transitoire, un moment de la journée ; la campagne apparaît enveloppée de brume (PV 768), noyée de soleil (PV 874), ou couverte d'un blanc manteau de neige (PV 909). La période néo-impressionniste, au pointillé systématique, ne durera que quatre années de 1884 à 1888. La division de la touche va perdurer les années suivantes mais non plus de façon systématique. Quand il peint Soleil levant à Eragny, l'influence du néo-impressionnisme apparaît clairement à travers la touche vibrante et lumineuse. L'instant de la journée est bien défini à travers le titre de l'oeuvre mais aussi grâce à ce soleil qui se lève sur la campagne. La lumière rasante construit la toile en zones verdoyantes alternant avec des zones sombres en fort contre-jour. Les rayons lumineux du soleil s'insinuent à travers peupliers et arbres fruitiers créant un effet de perspective extrêmement recherché. Les deux figures se fondent dans les ombres des pommiers de la prairie et ne se distinguent que petit à petit, une fois notre oeil accoutumé à la lumière. Pissarro peindra jusqu'à la fin de sa vie en ce lieu s'attachant à chaque recoin de son pré, les grands hêtres qui le bordent, les pommiers dans le verger adjacent à la maison, la plaine et les toits de Bazincourt. Pommiers et peupliers au soleil couchant entré dans les collections du Musée Malraux suite au legs de Charles Auguste Marande en 1936, est une oeuvre postérieure peinte sept années après Soleil levant à Eragny. Nous sommes dans le pré qui borde la maison de Pissarro à Eragny, les silhouettes féminines se distinguent à peine dans les ramures de la végétation. La touche est grasse et onctueuse. Le motif demeure. Géraldine Lefebvre (1) Lettre à Lucien, Paris, 1er mars 1884. Correspondance de Camille Pissarro, Ed.du Valhermeil, 2003, tome 1, p. 291. (2) Lettre à Durand-Ruel, Eragny-sur-Epte, le 9 avril 1889. Correspondance de Camille Pissarro, Ed. du Valhermeil, 1986, tome 2, p. 297. (3) Lettre à Lucien, Eragny, le 26 décembre 1891. Ed. du Valhermeil, 1988, tome 3, p.174.
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